La Magie lente au Théâtre de la Reine Blanche

La Magie lente au Théâtre de la Reine Blanche, jusqu’au 23 décembre.De Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte avec Benoît Giros.

 

Lorsque nous pénétrons dans la salle, le comédien est là, pour nous accueillir, sourire aux lèvres, avant de nous placer en position de participants à un colloque de psychiatres où sera exposé le cas d’une erreur de diagnostic.

Monsieur Louvier, le patient qu’incarne Benoît Giros, a été suivi pendant 10 ans par un psychiatre qui le considère comme schizophrène car la société veut placer les gens “déviants” dans des cases. Il entend des voix d’hommes qui affirment vouloir le sodomiser. Ce sont des hallucinations lui soutient son psychiatre. Mais comment vivre quand, à tout moment, on entend des voix, quand on se sent touché, épié, dans la rue, dans le métro. C’est alors que M.Louvier décide de s’adresser à un nouveau médecin, un certain Monsieur Kemener, plus avisé qui convoquera patiemment les souvenirs enfouis du patient. Après la parole publique de la conférence, se fera entendre la parole intime, le “je” qui relie le patient et le psychanalyste.

 

” La psychanalyse est une magie lente “

 

Cette réflexion de Sigmund Freud qui sert de titre à cette pièce fait comprendre qu’une psychanalyse demande du temps, du temps pour formuler les choses et surtout du temps pour mettre des mots sur l’indicible, Le premier psychanalyste a attribué à une hallucination ce qui était la manifestation d’un traumatisme véritable.

Cette parole agissante et crue est portée par Benoît Giros, face au public, de manière impressionnante. Elle nous fait comprendre par le détail ce qui fait qu’un homme est un homme. “ Il y a au fond de moi une épave et ça remonte par morceaux” . Il découvre alors qu’on lui a dérobé son enfance en lui infligeant la plus terrible des violences. ” Ne le dis à personne” , parole de son oncle verrouillée en lui depuis l’enfance dont il aura la révélation à l’âge adulte.

 

Une représentation au cordeau

 

Un texte qui alterne douceur et crudité des mots. Le comédien traverse toutes les étapes et lève progressivement le voile sur des tabous. Il éclaire parfaitement l’avancée de la parole. C’est en effet derrière cette parole que le comédien incarne tout en laissant la première place aux mots, servi en cela, par la mise en scène de Pierre Notte. Dire l’indicible, mettre des mots dessus. Violé sera le dernier mot de ce spectacle bouleversant. L’écoute du public, le silence qui règne après ce dernier mot, tout prouve le pouvoir des mots.

 

Un spectacle dense tout en justesse

 

La Magie lente au Théâtre de la Reine Blanche, jusqu’au 23 décembre.De Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte avec Benoît Giros.

 

 

Laisser un commentaire