Girls and Boys au Théâtre du Petit Saint-Martin

Girls and Boys au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 3 mars. De Dennis Kelly, mise en scène de Mélanie Leray avec Constance Dollé.

Un dîner partagé

Autour d’une grande table ovale, où chaque soir sont conviés quatre spectateurs privilégiés, pour un dîner, une femme raconte son histoire. Une table distinguée avec une nappe blanche, des fleurs et de la porcelaine et sous la table, un chien qui dort et dormira pendant toute la représentation. Elle leur sert du vin, les invite à manger des fruits, échange quelques mots et sourires, crée ainsi une ambiance détendue pour ces quatre convives volontaires qui sont venus vivre une « expérience immersive ». On se croirait dans Festen de Cyril Teste, où des spectateurs volontaires sont associés au dîner de famille et pourront ainsi écouter au plus près l’histoire de cette femme. Même si ce dispositif brouille quelque peu la frontière entre la scène et la salle, ces « lnvités » privilégiés resteront de simples témoins.

Après avoir servi un dernier verre, elle commence à parler et se lance dans un long monologue dont la première phrase semble amorcer une histoire cocasse

«  J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol Easyjet et je dois dire que cet homme m’a tout de suite déplu ».

Le récit ou le jeu de massacre, se met en route

Constance Dollé entame alors diverses « conversations ». Elle raconte des épisodes de sa vie intime qui ne manquent pas d’humour et de réalisme, sa carrière, sa vie de couple, son ascension sociale par le travail. Elle apostrophe son fils et sa fille qu’on ne voit pas sur scène mais elle joue avec eux, ce qui donne lieu à des épisodes drôles. Bref, elle glisse d’une conversation à l’autre avec humour et gouaille tout en laissant planer quelques mystères ou en se lançant dans de nombreuses digressions; Le couple, semble-t-il commence à se déliter, le mari peu à peu devient passif, absent, étrange;

Constance Dollé sait parfaitement épouser les méandres de ce texte touffu. Elle nous conduit vers le drame avec un jeu sobre, dénué de tout pathos et affect.

La révélation finale

C’est en effet, très insidieusement que le spectacle va bifurquer vers le drame. Malgré l’horreur de la révélation, la comédienne ne se laisse aller ni aux cris ni aux larmes, seul le ton gouailleur qu’elle adoptait jusque là , disparaît. Les quelques indices égrenés au fil de ce récit, les éclipses ou ellipses prennent alors sens, annonçant cette lente descente aux enfers.

Constance Dollé nous propose une remarquable interprétation d’une version revisitée de Médée . Avec une parfaite dictionElle incarne avec force et sobriété  la dévastation de cette femme, nous laissant à la fin de ce spectacle complètement dévastés.ahuris.

La mise en scène de Mélanie Leray sait faire exploser ce cadre bourgeois esquissé au début et nous faire comprendre l’horreur

  » Ce texte inattendu, complexe, drôle et brutal attire notre attention sur l’horreur de la virilité toxique. Il interroge la violence – innée, acquise, transmise – chez l’homme comme espèce et comme genre. »

 

UN TEXTE FORT, SAISISSANT SERVI PAR UNE COMEDIENNE REMARQUABLE.

Girls and Boys au Théâtre du Petit Saint-Martin jusqu’au 3 mars. De Dennis Kelly, mise en scène de Mélanie Leray avec Constance Dollé.