Chronique: Tous des oiseaux

TOUS DES OISEAUX au Théâtre national de la Colline, jusqu’au 17 décembre. De et mis en scène par Wajdi Mouawad.

 

De nouveau Wajdi Mouawad nous emporte dans cette pièce incandescente comme il avait pu le faire dans de précédents spectacles, Littoral, Incendie. 4 heures pendant lesquelles, à aucun moment, on ne décroche . Son théâtre est un théâtre des brûlures de l’Histoire et c’est encore le cas avec cette pièce qui met au centre, le conflit israélo-palestinien et surtout, la question de l’identité.

 

Qu’est-ce qui constitue une identité?

 

C’est avant tout une histoire qu’il nous raconte, celle d ‘Eitan et de Wahida, dans la première partie de la pièce  » Oiseau de beauté  » . Il est chercheur en génétique, elle rédige une thèse sur Hassan Ibn Mohammed Al-Wazzan, diplomate,voyageur, historien du XVème siècle, plus connu sous le nom de Léon l’Africain. Ce dernier se convertira au christianisme après avoir été capturé par des pirates, pour obtenir sa libération. Or, ce personnage et la question de la conversion ( réelle ou simulée ) sont au coeur du questionnement de cette pièce.

Eitan dont les parents sont juifs berlinois, le grand-père, rescapé de la Shoah, va rencontrer Wahida d’origine arabe. Ils se rencontrent dans une bibliothèque, à New-York, et tombent éperdument amoureux. Bien évidemment, on pense à Roméo et Juliette car ils vont se confronter, voire être fracassés par le réel.

Pour les parents d’Eitan, il est hors de question que leur fils épouse une Arabe. C’est surtout le père, David qui est le plus hostile, lui qui a été élevé en Israël avant de venir vivre à Berlin avec son père. La mère, Norah, quant à elle, a été élevée en Allemagne de l’Est par des parents qui ont toujours caché leur judéité. David ne peut concevoir que son fils abandonne cette judéité qui le constitue lui et avant lui, ses propres parents.

 

Une quête des origines

 

Avec ses connaissances en génétique, Eitan a des soupçons sur l’ADN familial et décide de partir en Israël avec Wahida pour retrouver sa grand-mère, Leah, dont on ne parle pas et qu’il ne connaît pas.

A peine sont-ils arrivés à Jérusalem,qu’ Eitan est victime d’un attentat palestinien et se retrouve entre la vie et la mort. Wahida, à son chevet, va devoir affronter la famille de celui qu’elle aime mais aussi les autorités israéliennes qui ne la voient qu’à travers son identité arabe.

 

Un héritier contemporain de la tragédie grecque

 

C’est à partir de là que tous les masques peu à peu, vont tomber. Comme dans la tragédie grecque où Oedipe chemine vers la révélation de sa véritable identité, David lui aussi va devoir affronter la vérité sur ses origines.
Tous les personnages sont porteurs d’amour, de haine, de douleur. Les hommes sont tous des oiseaux chahutés par l’histoire, avec pour armes, un langage acéré.

Le récit est tellement bien mené qu’il n’exclut pas l’humour, certes, un humour noir mais qui n’est jamais déplacé.

Le décor d’une grande sobriété permet , grâce à des panneaux coulissants de passer d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre.

Les neuf interprètes qui s’expriment chacun dans leur langue, en Allemand, en Anglais, en Arabe et en Hébreu car quel que soit le degré d’arc boutement à une langue, à une religion ou à une nationalité, l’homme est toujours le résultat d’un enchevêtrement de racines. Le spectacle est habilement sur-titré, permettant tout à la fois de lire et de rester en parfaite adéquation avec ce qui se passe sur scène.  Tous ces acteurs ont une puissance de jeu remarquable qui nous emmène, sans jamais nous lâcher pendant 4 heures.

Un spectacle incandescent qui, chaque soir emmène les spectateurs.

A VOIR ABSOLUMENT !