Chronique: L’INTERLOPE (CABARET) au Studio-Théâtre de la Comédie Française

L’INTERLOPE (CABARET) au Studio-Théâtre de la Comédie Française jusqu’au 11 mars. De Serge Bagdassarian, mise en scène de l’auteur.

 

Les cabarets de la Comédie Française sont nés, il y a une dizaine d’années. Avec L’ Interlope, Serge Bagdassarian renouvelle ce genre tant par le thème qu’il aborde que par la forme qu’il revêt. En effet, dans ces cabarets marginaux de l’entre-deux guerres mais qui existaient toujours dans les années 50 et 60 ” les hommes devenaient femmes, les femmes devenaient hommes, avec une liberté d’être et d’aimer d’autant plus grande que, passé la porte, elle était loin d’être tolérée ” explique Eric Ruf, actuel administrateur de la Grande Maison et qui a passé commande d’un cabaret parlant de l’homosexualité.

L’ adjectif interlope évoque l’équivoque, ce qui n’est pas honnête, honorable et fait référence à un bal qui se donnait sur la butte Montmartre.

 

Libération de l’oppression sociale

 

Dans ce spectacle, Serge Bagdassian démontre que l’apparence des corps est bien une construction sociale. Trois hommes-femmes, appartenant à trois générations différentes et une femme-homme nous font le récit de leur vie en interprétant des chansons à double sens mais aussi de sublimes textes comme le poème de Jean Genet, Le Condamné à mort ou encore, Kurt Weill, Je ne t’aime pas.

Ils sont tous éblouissants. Véronique Vella, Axel la garçonne, propriétaire du cabaret, dans son vibrant hommage à Suzy Solidor avec l’interprétation de Ouvre ou quand elle nous fait redécouvrir l’ambiguïté d’Avoir un bon copain. Serge Bagdassian compose une éblouissante Camille, travesti sur le retour mais tellement séduisant, insolent, provocant et émouvant. Camille qui tout jeune, devait affronter deux problèmes, ne pas être bien dans son corps et vivre à la Ciotat. Michel Favory, Tristan la troisième génération, inspirant respect et admiration. Benjamin Lavernhe, Pierre, renversant. Il est marié le jour, a des jumeaux et le soir, il devient une femme sublime qui pourtant ” ne peut aller faire ressemeler ses escarpins pour ne pas donner de soupçons à son cordonnier “… il chausse du 47.

 

Une mise en scène pleine de finesse et d’élégance

 

Dans la première partie, nous sommes dans la loge, lieu de la transformation, du passage d’un genre à un autre. On comprend alors que le sexe est un costume et le théâtre, l’art de l’illusion et des métamorphoses avec perruques, gaines, escarpins. C’est là aussi que chacun se livre, là où on laisse le champ libre à toutes les chamailleries, jalousies…

Dans la seconde partie, nous sommes dans le monde du rêve, de la fête avec des costumes somptueux: plumes, coiffes, boas du Moulin Rouge. Une collaboration de deux grandes institutions qui, semblaient éloignées l’une de l’autre et qui, ici fait merveille.

Un spectacle qui nous permet de découvrir les talents de chanteurs de ces comédiens d’exception, un répertoire poétique qui ne s’interdit pas d’évoquer l’autodérision. Il ne faut d’ailleurs pas oublier Marguerite et Greta, les talentueux musiciens qui les accompagnent.

UN CABARET INTERLOPE BOULEVERSANT ET EXALTANT, UN SPECTACLE DESOPILANT ET POIGNANT.

 

L’INTERLOPE (CABARET) au Studio-Théâtre de la Comédie Française jusqu’au 11 mars. De Serge Bagdassarian, mise en scène de l’auteur.

 

 

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