Chronique: 1336 (parole de Fralibs) au Théâtre de Belleville

1336 (parole de Fralibs) au Théâtre de Belleville. Jusqu’au 31 mai. De et par Philippe Durand.

 

 

En septembre 2010, le géant Unilever annonce la fermeture de sa filiale, Fralib située à Gemenos, près d’Aubagne pour la transférer en Pologne et en Belgique. Cette usine  produisait les thés et infusions de la marque Eléphant et Lipton . Après la fermeture du pôle du Havre, en 1998, 54 familles avaient déjà quitté leur ville pour conserver leur emploi, dans le deuxième grand pôle, près de Marseille. Douze ans après, la multinationale Unilever veut de nouveau fermer l’usine alors que le groupe pavoise à 4,6 milliards de dollars.

1336, c’est le nombre de jours qu’a duré la lutte des ouvriers de Fralib contre le géant Unilever pour sauver les emplois de cette structure de production. De septembre 2010 à mai 2014, soit 3ans et 241 jours de lutte entre le pot de terre et le pot de fer.

 

 

On ne naît pas Fralib, on le devient

 

Philippe Durand, membre de la Comédie de Saint Etienne, comédien que l’on avait déjà vu dans Au chapitre de la chute de Stefano Massini, est allé dans leur usine de Gemenos, rencontrer des ouvriers pour les interviewer sur leur lutte. Des mois durant, il a recueilli les témoignages de ces femmes et de ces hommes qui ont résisté à toutes les pressions pour sauver leur emploi, leur entreprise.Il a enregistré leurs propos, les a agencés sous forme de récit mais sans intervenir au niveau de l’écriture. ” J’ai tenu à conserver cette parole brute avec ses répétitions, ses particularités syntaxiques et expressives pour que ce soit eux qui racontent leur histoire à travers ma voix ” .

Il se veut porte parole, aussi a-t-il adopté un dispositif de lecture à la table, son manuscrit contenant ces témoignages, devant lui. Pour seuls éléments scéniques, sur une autre table, une pyramide de boîtes de thé, de la marque 1336. Il fait revivre tous les personnages, tous les anonymes qui n’ont pas cédé. En prenant l’accent marseillais, selon les personnalités rencontrées, on suit alors l’odyssée de ces quatre années avec les grèves, l’occupation de l’usine, les actions de boycott, les démêlés avec la justice, tous les coups tordus et toutes les manoeuvres d’Unilever. En effet, pour obtenir la capitulation de ces petites gens, la direction était prête à leur offrir un chèque de 90 000 €uros.

D’un côté une multinationale et ses moyens financiers presque sans limites, ses bordées d’avocats pour broyer tout ce qui se met sur sa route et de l’autre, un groupe d’hommes et de femmes avec pour seule arme, leur volonté mais elle aussi, sans limites.

 

 

L’utopie peut parfois devenir réalité

 

En se glissant ainsi dans la peau de ses personnages, en tournant les pages de son manuscrit au fur et à mesure de son récit, Philippe Durand nous fait partager leurs sentiments, leurs peurs mais aussi leurs rires. Surtout, il nous permet de retrouver la foi en l’humain. En effet, par leur volonté, leur combat, cette histoire se termine bien. Les ouvriers ont réussi à remettre la production en marche, en créant une SCOP et à créer leur propre marque qui s’appelle 1336 comme on peut le voir, sur les boîtes empilées sur la table, à gauche du comédien. Ils ont recommencé à produire des thés et tisanes à base de produits et d’arômes naturels, ce qui n’était plus le cas quatre ans auparavant. Ils ont conscience aussi des difficultés de construire un projet collectif ” On sait que le danger d’une scop, c’est nous “.

 

 

Un spectacle rare

 

Par la force du propos qui nous fait comprendre la puissance des élans de solidarité et les dégâts qu’engendre une économie financiérisée.

Mais aussi, par l’engagement et le talent du comédien qui sait trouver l’équilibre entre la distance et l’incarnation. Un récit serein pour une véritable prise de conscience.

” ça a été dit “ dernière phrase de ce spectacle et qui traduit aussi la fierté de la victoire de tous les humbles.

A VOIR ABSOLUMENT POUR COMPRENDRE TOUT CE QUI EST PIETINE DANS CE MONDE MODERNE

 

1336 (parole de Fralibs) au Théâtre de Belleville. Jusqu’au 31 mai. De et par Philippe Durand.

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