Chronique: Probablement les Bahamas au Théâtre Artistic-Athévains

Probablement les Bahamas au Théâtre Artistic-Athévains, jusqu’au 16 janvier. De Martin Crimp. Mise en scène d’ Anne-Marie Lazarini.

 

Au départ, cette pièce, une des premières de l’auteur anglais Martin Crimp, était une pièce radiophonique.

Dans un cottage du sud de l’Angleterre, Milly et Franck, un couple de retraités de la middle class, reçoivent un invité qui est déjà installé dans un divan dos au public, quand nous entrons dans la salle. Seul le couple parle, lui ne s’exprimera jamais.Ils parlent, ils dévident des lieux communs, des banalités, ils contournent les sujets sans jamais affronter les problèmes clairement. Le désir de piscine de Milly, le voyage aux Bahamas qu’ils n’ont pas fait et ne feront pas, le Doberman des voisins…

 

Un théâtre de la menace

 

Pour Milly, tout est menace, un acte anodin est évoqué comme une agression, voire une tentative de viol. Franck, son mari essaie de tempérer sa parole mais est impuissant en la matière. On étale des certitudes considérées comme avérées, cependant on biaise. Qu’est-il vraiment arrivé à leur fils qui a si bien réussi, qui gagne beaucoup d’argent; à leur belle-fille à qui on a volé son sac ?

Peu à peu, un climat délétère s’installe.

La jeune fille hollandaise au pair Marijka qui leur permet de tromper leur solitude, incarne le mouvement, la vie, la jeunesse dans ce salon. Elle s’exprimera frontalement, au sens propre comme au sens figuré dans un discours glaçant,  sur ce qu’elle a vécu, sur ce qui n’a jamais été dit. Le vernis alors se craquelle. Cette menace qui planait depuis le début semble s’abattre.

 

Un jeu parfaitement maitrisé

 

Considéré comme l’héritier de Pinter, Martin Crimp nous montre que le langage est une ombre sournoise mais tellement efficace.

Tout est parfaitement maîtrisé dans le jeu de Milly, interprété par Catherine Salviat lancée dans in papotage innocent qui nous fait sourire. Elle n’en profère pas moins des paroles cruelles et racistes.Franck, Jacques Bondoux qui sait être à la fois transparent et opaque.

Quant à Marijka, Heidi-Eva Clavier, elle laisse à merveille planer une ombre sur son personnage qui entend tout et se tait. Elle devient bouleversante quand elle transforme la banalité en horreur, dans un discours froid et tranchant.

 

Un décor faussement réaliste

 

Une très belle scénographie de François Cabanat et Dominique Bourde permettant de jouer sur les oppositions. chacun reste libre de son regard et de ses pensées. Un appartement est reconstitué sur le plateau, un peu comme le dessin d’un architecte. En effet, toutes les pièces sont là mais sans aucune cloison, ouvertes à nos regards, à toutes les violations. Un décor qui, on s’en aperçoit, au fur et à mesure, contribue au sentiment d’étrangeté et de malaise qui s’installe en nous.

 

Home, sweet home ! Et pourtant, dans cet univers courtois au sein de ce coquet cottage, l’horreur va surgir.

 

Probablement les Bahamas au Théâtre Artistic-Athévains, jusqu’au 16 janvier. De Martin Crimp. Mise en scène d’ Anne-Marie Lazarini.

 

 

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