Chronique: Michael KOHLHAAS, l’homme révolté

Michael KOHLHAAS, l’homme révolté, au théâtre de l’Essaïon, de Heinrich von Kleist, mise en scène de Gilbert Ponté jusqu’au 27 juin.

 

Au 16ème siècle, dans le Saint Empire romain germanique, l’éleveur de chevaux Michaël Kohlhaas, modèle de bon citoyen, admiré et reconnu de tous, se rend à la foire de Dresde pour y vendre ses chevaux. Il voit alors la route barrée par le jeune baron, seigneur de la région, qui lui confisque ses deux plus beaux chevaux pour le laisser passer.

Dès lors, M.Kohlhaas devient obsédé par l’idée d’obtenir réparation et justice mais le baron a des amis haut-placés et le procès ne sera pas instruit. Il se heurte à l’absence de justice, celle du noble, du prince et de l’empereur. Il décide alors de se faire justice lui-même. Il devient sanguinaire, violent en menant une horde de brigands qui tuent, violent et pillent sans retenue, en son nom.

 » Jusqu’à sa 30ème année, cet homme aurait pu passer pour le modèle du bon citoyen. En un mot, le monde aurait béni sa mémoire sans les circonstances qui l’amenèrent à pousser à l’excès une seule vertu, le sentiment de la justice, et en firent un brigand et un meurtrier  »

Il parvient, lui le simple éleveur de chevaux, à conquérir plusieurs villes et à faire peur au roi. Au nom d’un idéal, il devient un être sanguinaire, pire que ceux que l’on détestait.

 

Une performance de comédien

 

Seul en scène, Gilbert Ponté , sans décor ni accessoire, par la seule puissance de son corps et de sa parole, nous fait vivre la tragédie épique de Michael Kohlhaas. Il nous fait ressentir la révolte de cet homme, face à l’injustice mais aussi sa dérive. Gilbert Ponté nous embarque totalement dans ce récit, nous donnant l’impression que la scène est peuplée par cette horde dévastatrice tant il sait donner vie à ceux qu’il rencontre ou qui l’accompagnent. Un comédien/ conteur magnifique.

 

« L’odieuse perversité du monde »

 

La nouvelle s’inscrit dans la période de la Guerre des paysans en Allemagne au 16ème siècle mais la dérive qu’elle évoque semble bien d’actualité. En effet, à travers l’histoire de M.Kohlhaas, on peut voir ce qui amène à devenir un terroriste. Au nom d’un idéal noble, combattre l’injustice, il devient meurtrier.
Michaël Kohlhaas est-il un assassin ou un héros de la dignité humaine ? Où se situe la frontière entre la résistance à l’oppression et le terrorisme ?

 

Un spectacle à ne surtout pas rater pour son intelligence et pour la performance du comédien.

 

Michael KOHLHAAS, l’homme révolté, au théâtre de l’Essaïon, de Heinrich von Kleist, mise en scène de Gilbert Ponté jusqu’au 27 juin.

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