Chronique: Ma folle otarie

Ma folle otarie, écrit et mis en scène par Pierre NOTTE  avec Brice HILLAIRET. Au Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 24 juin.

 

Dans cette nouvelle fable en forme de monologue, Pierre Notte nous fait découvrir, un jeune homme lisse, sans aucune aspérité, qui ne fait pas de choix mais se laisse aller à ce que l’on attend de lui. Il est agent de voyage cependant, il ne peut pas prononcer le mot  » long courrier  » depuis que la femme qu’il devait rencontrer a péri, à bord d’un long courrier.

Soudainement, il voit ses fesses grossir démesurément jusqu’à atteindre des proportions monstrueuses. Il devient alors objet de toutes les moqueries, il est montré du doigt, au point qu’il va devoir fuir la compagnie des hommes. Il se jette dans la Seine mais ses fesses le font flotter.

Arrivé jusqu’à la mer, il est repêché par des marins dieppois en même temps qu’une otarie rencontrée en mer, auprès de laquelle il trouve grâce et amitié. C’est auprès de cette otarie qu’il va revivre, du port de Dieppe jusqu’au cirque ambulant montrant des curiosités sexuelles, dans lequel on les embarque tous les deux. Il y rencontrera un autre compagnon d’infortune, un homme Tronc.

Nous voilà embarqués dans un monde où l’ordinaire laisse la place aux péripéties les plus délirantes. Au bout de cette quête initiatique, la liberté, l’amour peut-être.

Le Théâtre est un espace où le spectateur a payé sa place pour travailler

En voix off, Nicole Croisille livre ainsi des éléments des notes d’intention de l’auteur. En effet, dans cette histoire surréaliste, c’est à nous, spectateurs, de faire le travail, d’imaginer ce personnage, de visualiser les situations auxquelles le personnage est confronté.

Il nous revient, dans une mise en scène des plus sobres puisqu’elle se résume à un carré d’ un mètre sur un mètre, d’imaginer cette course folle et insolite. Il nous revient de visualiser les situations burlesques, poétiques, surréalistes. Il nous revient de « voir » comment un être qui était invisible, qui ne suscitait que l’indifférence va devenir trop visible au point de susciter les plus viles moqueries.

Comment trouver l’échappatoire salvatrice à la solitude,la timidité, au carcan sociétal ?

 

Une performance de comédien

 

Tout devient possible grâce à ce conteur magnétique qu’est Brice Hillairet. Grâce au travail sur le phrasé, au débit de parole ou encore la posture qu’il adopte, ce comédien donne vie à ce Monsieur tout le monde, timide et voûté. Avec seulement un jeu de lumières, il parvient à nous faire partager sa vie grise d’abord, puis réussit à nous faire voyager de ville en village, de la Seine à l’Océan, et enfin dans les airs.

Il est émouvant, avec ce petit filet de voix, quand il est cet agent de voyages pataud, maladroit puis on le voit brisant enfin ses chaînes. Il est aussi troublant quand il se fait chanteur et qu’il entonne deux courtes comptines.

Chapeau à ce comédien subtile qui nous embarque pendant toute la durée du spectacle.

Un spectacle à ne pas rater si, vous aussi, vous aimez  » travailler au théâtre  »

 

Ma folle otarie, écrit et mis en scène par Pierre NOTTE  avec Brice HILLAIRET. Au Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 24 juin.

 

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